Continue zazen for a long time !

Témoignage: Jacques Goossens                  Photo Stabilité posture

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de la venue de Maître Deshimaru en Europe, voici le témoignage de Jacques Goossens. disciple de Maître Deshimaru.

J'ai rencontré le professeur de yoga Eugène Buelens, qui était responsable du dojo zen de Bruxelles. A la fin du cours, il nous asseyait sur un zafu. Plus tard, lors d'une conversation avec mon chef de service, il me recommanda la lecture du livre « Le Zen », par Robert Linssen. Ce livre ne m'a pas plu tant que çà, mais pourtant, je suis allé directement au dojo pour pratiquer. J'avais 43 ans, nous étions en 1976. Je n'ai plus jamais arrêté. A l'époque, le dojo se trouvait dans une salle d'école. Il y avait d'abord un zazen par semaine le mercredi soir, et par la suite un autre le vendredi soir. Je faisais zazen à la maison tous les matins. Dans le dojo, nous étions 10 à 15 personnes,
Tous les mois, la majorité d'entre nous se rendait à Paris, pour pratiquer au dojo de la rue Pernety avec Maître Deshimaru. Nous avions nos habitudes. Nous logions dans le même hôtel rue d’Alésia, et mangions dans le même restaurant. Pour nous rendre au dojo le lendemain matin, nous partions de l'hôtel en kimono, zafu sous le bras et marchions comme cela dans la rue !
J'ai été rapidement ordonné bodhisattva, puis moine en 77, et dès le début, je suis allé à toutes les sesshin: en France, en Allemagne,etc... pour pratiquer le plus possible avec Maître Deshimaru. Au début, la posture était terrible, car il était difficile de recevoir des explications claires sur la posture. J'avais de grandes douleurs dans les genoux et de l’arthrose dans un des genoux, mais j'essayais tant bien que mal de tenir... Puis il y a eu les camps d'été à Val d'Isère, à La Gendronnière,... Là, à la Gendronnière, il y avait beaucoup à faire. Tout était à construire. Pour ma part, j'ai aidé aux installations téléphoniques et électriques.
Un jour, je me suis même retrouvé tenzo ! On m'a donné des pommes de terre, des œufs et des pommes. J'ai fait une soupe d'orties du jardin, j'ai trouvé des morilles qui poussaient sur un tas de sciure pour l'omelette et pour le dessert, j'ai fait une tarte aux pommes. Mais là, j'ai un peu triché : j'ai acheté une pâte toute faite dans un magasin du village d'à-côté !
A chaque sesshin, Sensei réunissait les moines et nonnes pour récolter des idées, car il voulait créer des symposiums à La Gendronnière et y faire un

centre de thérapie, C’est ainsi que le premier symposium qui y fut organisé portait sur la non-peur. Il tenait beaucoup à cet aspect de notre Voie et c’est aussi pour cela qu’il a donné au temple de La Gendronnière le nom japonais de « Zendonien » qui signifie "le Château de la non-peur".
En Belgique, il y avait tous les ans une sesshin dirigée par Sensei près de Namur. A l'époque, je raccompagnais Maître Deshimaru en France. Un jour, près de Waterloo, un gros orage éclata. Maître Deshimaru qui dormait, se réveilla et s'exclama : « Un orage, çà porte chance ! » Il était tout content. Moi au volant, j'y voyais très peu et j'avais plutôt peur. Lors de sa dernière sesshin en Belgique, à Malonne, il m'a remis une calligraphie avec mon nom, faite par lui. Il m'a dit en anglais : « Continue zazen for a long time !» en me regardant dans les yeux. C'est le testament qu'il m'a donné. J'ai pensé à ce moment-là que je vivrai vieux et que je continuerais zazen jusqu'à la fin de mes jours. 

Stéphane Thibaut nous a dit, lors d’une sesshin à Paris, que le plus grand enseignement que Maître Deshimaru nous avait donné, c’était de ne pas avoir désigné de successeur, parce qu'ainsi nous étions tous responsables de sa mission.

J'ai continué zazen avec bonheur et enthousiasme. Aujourd'hui, j'ai 83 ans et je pratique sur un banc. Avec le temps, je suis devenu responsable du dojo de Bruxelles, ce que je ne voulais pas au début. J'ai longtemps fui ce genre de choses, le plus important pour moi était d'être moine. Et puis, en m'occupant du dojo, j'ai veillé à ce que les activités, conférences, etc... ne se développent pas. Pour moi, le dojo, c'est avant tout un lieu consacré à la pratique de zazen !

PS : La photo date d’une conférence que Maître Deshimaru a donnée, avec le professeur Chauchard de la Sorbonne, à l’université de Namur. J’étais débutant, mais comme personne ne voulait montrer la posture comme Sensei l’avait demandé, j’ai roulé mon veston pour en faire un zafu et je me suis placé sur l’estrade.

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