La joie dans la pratique du Dharma

Teisho de Roland Yuno Rech – Nice, octobre 2020

Bonjour ! Je vais vous parler de la joie dans la pratique du zen. La raison pour laquelle j’ai choisi ce thème, c’est qu’en général on parle trop de la souffrance dans le Bouddhisme, puisque c’est la première Noble Vérité. On a même parfois résumé cette Vérité en disant : « La vie est souffrance ». Or il n’est pas vrai « que la vie est souffrance », mais bien « que la vie comporte de la souffrance ». Et pas seulement de la souffrance, mais ce qu’on appelle « dukkha » dans l’enseignement du Bouddha, que l’on traduit par « souffrance », alors qu’en fait il s’agit « d’insatisfaction ».

Et justement, cet « insatisfaisant » est lié au fait qu’on ne réalise pas notre véritable nature et qu’on n’est pas en harmonie avec ce que nous sommes au fond. Et que par conséquent, on a sans cesse la tentation de désirer, de se procurer ce qu’on croit nous manquer et on est toujours en recherche. C’est pourquoi l’avidité, le désir nous tenaillent constamment, parce qu’on en attend de la satisfaction.

2596 joiePour ce qui est de la joie, je pense que la première chose (et moi, je l’ai ressenti tout au début de ma pratique) est qu’il y a une grande joie à découvrir justement la pratique de zazen. C’est-à-dire, même s’il y a de la souffrance dans la vie, il y a un remède à la souffrance. Et ce remède, (pour nous bien sûr), c’est la pratique de la Voie et en particulier de zazen, et son prolongement dans la vie quotidienne. Et quand on en fait l’expérience, c’est une grande joie, parce que justement on se rend compte qu’il y a de l’espoir, pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres, en partageant la pratique avec les autres. Donc, je crois que cela est la principale source de joie.

Dans la pratique elle-même, on se contente d’être simplement assis. L’expression « se contenter de » veut dire que « c’est suffisant », et donc la joie que l’on a de pratiquer ne dépend pas d’obtenir quelque chose, mais simplement du fait de pratiquer en lui-même, par le lâcher-prise. Et évidemment, ce « sans vouloir obtenir quelque chose » justement est en soi une grande libération et donc une source de joie infinie.

C’est la raison pour laquelle on peut pratiquer sans tensions. Lorsqu’on est avide, lorsqu’on désire ardemment quelque chose, ça crée des tensions dans le corps et dans la tête, dans l’esprit. Alors qu’en zazen, on dit toujours qu’il faut étirer la colonne vertébrale et la nuque. Parfois on traduit par « tendez bien la colonne vertébrale », mais il ne faut pas tendre, justement. Il faut absolument pratiquer sans tensions, ni dans l’esprit, ni dans le corps.

Dans la vie, on est souvent un peu comme des assoiffés qui sont assis au bord de l’eau, mais qui ne se rendent pas compte qu’il y a de l’eau partout. Ils ne sont même pas assis à côté de l’eau, mais bien au milieu de l’eau. On est au milieu de l’eau, c’est-à-dire au milieu de la nature de Bouddha, on est au milieu d’une vie qui est en unité avec tous les êtres, et donc dans laquelle au fond il ne manque rien. Mais on a toujours l’impression qu’il nous manque quelque chose.

En réalité ce qui nous manque, c’est de nous éveiller, et le principal Éveil, c’est de s’éveiller au fait qu’il y a un chemin, une voie pour se réaliser, pour se réaliser profondément, spirituellement et donc compenser d’une certaine manière toutes les souffrances qu’on peut avoir dans la vie quotidienne, souffrances qui sont inévitables parce qu’on rencontre toutes sortes de difficultés : la maladie, le vieillissement, le deuil, etc.

Toutes ces souffrances-là, la pratique du zen ne les supprime pas, mais elle permet de les supporter et de ne pas désespérer de l’existence, et finalement de conserver une joie de vivre, malgré qu’il y ait toutes sortes de raisons de ne pas être joyeux dans la vie. Quand on écoute les nouvelles le matin, on n’apprend que des catastrophes, que des souffrances partout. Et pour rester joyeux pendant la journée, à la limite on pourrait se dire : « Mais ce n’est pas possible ». Ou alors, pour être joyeux, il faudrait se boucher les oreilles et fermer les yeux. Et bien non ! Je crois qu’on peut quand même être joyeux, à condition de vivre en harmonie avec ce que nous sommes au fond, et le vivre à partir de la pratique de zazen, comme si le retentissement du son du gong au début de zazen, cette vibration de zazen, se prolongeait dans la vie quotidienne.

Donc, la raison pour laquelle on peut être sans tensions et rester joyeux, c’est que la pratique de zazen nous guérit de ce qu’on appelle les trois poisons, et ça c’est fondamental. Les trois poisons sont, comme vous le savez, l’avidité, la haine et l’ignorance, l’ignorance étant le principal poison. Zazen nous en libère, parce que zazen, c’est apprendre à se connaître soi-même. Et pas seulement apprendre à connaître nos caractéristiques personnelles, notre histoire, comme on peut le faire dans une psychothérapie ou une psychanalyse où on analyse en détail les évènements de notre vie, nos ressentis, etc.

Bien sûr, en zazen, cela se passe aussi, puisqu’il y a des remontées de souvenirs, de phénomènes de la vie quotidienne qui viennent se refléter dans le miroir de zazen. Entre parenthèses, on ne cherche pas à supprimer ce genre de pensées ou d’émotions qui montent à la surface de la conscience de zazen, on se contente simplement de les voir, de les accepter, et de les laisser passer. Et du coup, ça dédramatise énormément de choses dans la vie : le fait qu’à la fois on ne les refoule pas et qu’en même temps, on n’y reste pas attaché. Donc, c’est vraiment être pleinement conscient, mais pas attaché à ce que dont on est conscient.

Mais souvent à la fin de zazen une intuition profonde surgit : le remède qu’on va pouvoir apporter aux souffrances ou aux contradictions de notre vie quotidienne. On a été comme coincé dans les contradictions (ou alors affligé par la douleur), puis d’un seul coup à la fin de zazen, on se dit : « Mais non, on peut voir aussi les choses autrement ».

Voir les choses autrement, c’est une source de libération et de joie importante. Par exemple, on parle du deuil en ce moment. On peut être affligé par la mort de quelqu’un, mais aussi on peut notamment prier pour une bonne renaissance, adopter le point de vue bouddhiste des renaissances et se dire : « La mort n’est pas la fin de tout », et prier pour une bonne renaissance pour la personne défunte. Cela nous donne de la joie, parce que dès que l’on prie pour les autres, dès que l’on se préoccupe des autres, on donne et le don notamment est une source de joie importante. Et là, on donne l’énergie de notre pratique pour le bien de quelqu’un d’autre, qui a besoin d’être aidé dans sa nouvelle existence pour être heureux tout simplement. Et donc, le don est une grande source de joie.

A propos de ces trois poisons : on a parlé de l’avidité, de l’ignorance, mais il y a aussi la haine qui est presque le contraire de la joie. Quand on est habité par la haine, on est comme empoisonné par ce sentiment extrêmement négatif qui consiste à vouloir se venger, à vouloir le malheur des autres, parce que l’on les déteste parce qu’ils nous ont fait du mal. Or se libérer de la haine et être capable de pardonner, c’est aussi une source de joie. Apprendre le pardon.

Un autre aspect de la joie de la pratique, c’est qu’elle nous guérit du manque, et surtout de la peur de perdre ce que nous possédons. Ça, c’est quelque chose qui est très développé dans notre société matérialiste et moderne. Pour beaucoup de gens, leur bonheur tient à ce qu’ils possèdent, à ce qu’ils ont enfin réussi à se procurer, une nouvelle voiture, une belle maison, je ne sais pas quoi encore, et du coup, ça crée une dépendance. Cela ne veut pas dire qu’il faut vivre comme un mendiant, mais relativiser l’importance des biens matériels qu’on possède et ne pas en attendre une joie excessive. Trouver plutôt la joie dans la réalisation spirituelle, dans la relation aux autres et pas tellement dans la relation aux objets, aux possessions, etc.

Autrement dit, la pratique de la Voie du Bouddha nous aide à ne pas dépendre de ce qu’on peut perdre. D’ailleurs Kodo Sawaki disait : « Pratiquer le zen, la Voie du Bouddha, le Bouddhisme zen, c’est apprendre à perdre ». C’est-à-dire apprendre à perdre sans avoir peur de perdre, et sans avoir des regrets de ce que nous avons perdu, de façon à ne pas gâcher notre joie de vivre à cause de cela.

Quand on est triste, le contraire de la joie, on cherche à se libérer de cette tristesse et c’est normal. Mais quand on est joyeux, on n’a besoin de rien, on est pleinement satisfait. Donc on peut avoir l’esprit libre, dégagé de toute préoccupation, en tous les cas en ce qui concerne notre propre ego. On peut se préoccuper des autres par contre, et partager. Se préoccuper de partager, c’est qui est pour nous la source de la joie, c’est-à-dire cette paix de l’esprit, cette générosité dans l’existence. En principe, ça devrait rayonner autour de nous. Quand je vois autour de moi des gens qui sont tristes, qui ne sont pas joyeux, je me préoccupe tout de suite de savoir ce qu’il leur arrive, pourquoi et comment, pour les aider à remédier à leur malheur.

Cela me rappelle d’une phrase de Ryokan que j’aime beaucoup. Dans un poème, il termine en disant : « Chers amis, si j’ai un conseil à vous donner, pour être véritablement heureux, nous n’avons pas besoin de beaucoup de choses. »

Je pense aussi qu’une source de joie liée à notre pratique est que l’on prend confiance dans le fait qu’on est capable de transformer les phénomènes. Dans la vie quotidienne il nous arrive toutes sortes de choses, des choses heureuses, des choses malheureuses. Évidemment, on s’attache aux choses heureuses et on n’aime pas beaucoup les choses malheureuses. Mais si on prend confiance dans le fait que, même les choses malheureuses qu’on constate, que l’on vit et expérimente, peuvent être transformées grâce à l’esprit qu’on développe en zazen, finalement ça donne une grande confiance dans la vie et ça n’affecte pas (pas trop en tous les cas), notre joie de vivre. Je trouve que cela est très important aussi : avoir confiance, avoir foi, vraiment foi en soi-même, foi dans le fait qu’on est capable - grâce à notre pratique de la Voie - de transformer les phénomènes et de remédier aux causes de la souffrance.

D’ailleurs, les Quatre Nobles Vérités, c’est comme cela. Il y a de la souffrance, certes, il y a des causes à la souffrance et on les découvre dans la pratique (l’avidité, la haine et l’ignorance, les poisons dont on vient de parler). Mais il y a aussi le nirvana, c’est-à-dire la cessation de la souffrance. La souffrance n’est pas quelque chose d’inévitable et d’éternel. Il n’y a pas du tout de damnation éternelle dans le Bouddhisme. C’est pour cela que les bouddhistes sont des gens joyeux, parce qu’ils n’ont pas du tout la perspective d’une souffrance éternelle. Au contraire, la grande source de joie, c’est de se rendre compte qu’il y a un remède à tout, parce que rien n’arrive sans cause. Et si on est capable, grâce à la méditation, de prendre conscience des causes des souffrances que nous avons ou que d’autres gens autour de nous ont, dès l’instant qu’on en connait les causes, c’est comme pour les maladies, il y a remède. Bien sûr, il y a des maladies incurables, ou encore incurables actuellement. Mais cela ne veut pas dire qu’elles le seront toujours. En tous les cas, pour ce qui est la souffrance psychique, la souffrance morale, il y a des remèdes, et pas seulement le zazen d’ailleurs : il y a d’autres remèdes, des psychothérapies, la relation avec des autres, etc. En tous les cas, le zazen est particulièrement favorable pour remédier aux causes de la souffrance et donc finalement, ça nous évite d’être trop altérés par cette souffrance, de perdre confiance et donc perdre aussi la joie de vivre.

Il y a une joie fondamentale à prendre conscience que c’est une chance inouïe d’être né sous forme humaine. Il y a des gens qui auraient rêvé d’être un animal ou d’être un arbre, car apparemment, les arbres ne souffrent pas trop (ce qui n’est pas vrai d’ailleurs, car maintenant on découvre beaucoup la sensibilité des plantes). Dans tous les cas, être joyeux d’être né sous forme humaine, c’est quelque chose d’extraordinaire. Cela veut dire que - quelle que soit notre condition (qui peut parfois paraitre un peu misérable) - le fait d’être né sous forme humaine est une grande chance.

Pourquoi ? Parce que c’est la possibilité de s’éveiller. Dans le Bouddhisme, on ne parle jamais de l’Eveil des animaux, simplement parce que les animaux n’ont pas la même conscience développée que nous avons. Donc, ils peuvent être tout à fait heureux de vivre, mais il n’y a pas la prise de conscience même du fait d’être heureux ou malheureux … Du moins je ne crois pas, je ne sais pas, peut-être que si ? Mais en tous les cas, nous, on a la chance de prendre conscience de ce qui se passe pour nous et surtout de prendre conscience du fait qu’il y a un remède et encore plus, que lorsqu’on rencontre la pratique d’une voie comme le zazen. Mais c’est valable aussi pour les gens qui rencontrent le Christ en rentrant dans une église et qui du coup en sont transformés. Il n’y a pas que le Zen dans la vie.

Dans tous les cas, je me souviens que lorsque j’ai découvert la pratique de zazen dans le temple de Kodo Sawaki, (je crois que c’était en juillet 1972 au Japon), j’ai été envahi par une joie extraordinaire. C’est pour ça que j’aime bien aussi en parler, parce que pour moi c’était marquant. Le premier zazen, la joie, c’était même « trop », c’était une émotion tellement forte que j’en étais presque comme étourdi. J’ai dû me concentrer sur l’expiration pour calmer cette joie et continuer zazen. Sinon, je me serais levé et j’aurais commencé à danser dans le dojo.

Voilà, ce sont les points essentiels que j’ai notés. J’aimerais que l’on poursuive ceci non pas comme une conférence, mais comme un atelier, c’est-à-dire où - comme chacun a l’expérience de la joie comme du malheur, de la tristesse - on évoque un petit peu les questions et les éventuelles réponses qu’il y a en ce qui concerne ces émotions. Parce que la joie est une émotion.

Des fois on dit : « Les émotions ce n’est pas bien ». Je me rappelle, dans les enseignements d’Arnaud Desjardins cette tentation répétée de considérer les émotions quasiment comme un péché, c’est-à-dire comme quelque chose qu’il faut absolument éviter, parce que c’est ce qui perturbe la paix de l’esprit, comme le bonheur, etc. J’en avais parlé avec lui et finalement il m’avait dit : « Non, c’est une mauvaise compréhension de ce que j’enseigne. Mais c’est vrai que beaucoup de gens en retiennent ça. » Donc, le zen n’a pas du tout pour but de nous rendre apathique.

Apathique, ça veut dire « sans passions, sans sensations, sans attachements, sans émotions ». On peut même tout à fait pratiquer le zen et être attaché, mais être conscient de cet attachement et éviter que cet attachement ne devienne une cause de souffrance, de souffrance excessive en tous les cas. Par exemple, je vois ici des personnes qui sont des mères de famille. Il est normal pour une mère d’être attachée à ses enfants. Un enfant ne pourrait pas survivre si sa mère ne lui était pas attachée. Donc c’est tout à fait naturel et c’est aussi une source de joie, parce que - quand on est attaché à quelqu’un - on a de la joie à lui faire plaisir, à prendre soin de sa santé, à lui donner beaucoup de choses, à l’éduquer, … Donc même l’attachement n’est pas forcément opposé à la joie. Il y a des attachements qui sont positifs en quelque sorte, qui sont justifiés et qui vont dans le sens de la vie. Et il y a des attachements évidemment qui sont malheureux. Toutes les addictions, par exemple, c’est terrible... Boire un verre de vin ou deux avec des amis, trinquer ensemble et faire la fête, c’est une source de joie dans la vie quotidienne. Mais devenir dépendent de l’alcool est un grand malheur, une grande souffrance.

Je dis ça parce que c’est l’occasion de préciser certaines choses concernant la pratique du Dharma. La pratique du Dharma n’est pas du tout quelque chose d’austère. Dans les monastères zen au Japon, j’ai constaté que les moines étaient très joyeux. Cela m’a beaucoup frappé. Au monastère d’Antaiji, où j’ai été la première fois, il y avait une petite pause après zazen et le repas. Et les moines rigolaient, ils étaient vraiment joyeux, c’était la fête. Pourtant ils menaient une vie simple.

Maintenant, je voudrais continuer sous forme de dialogue. Est-ce que vous êtes joyeux ? Ou est-ce que quelqu’un est dans la tristesse en ce moment et n’a pas de joie de vivre ? Non ? C’est déjà une bonne chose, ça me réjouit ... »

Question 1 :  « Est-ce qu’à chaque fois qu’on pratique zazen, on doit se sentir plus joyeux après le zazen qu’avant ? »

Roland Rech : « Il ne « faut » rien ! Ce n’est pas « qu’il faut », parce que là, attention, si la joie devient une espèce d’obligation, de devoir, ça va devenir triste parce qu’on va se culpabiliser de ne pas l’être. Il peut arriver souvent qu’effectivement on arrive au dojo pour faire zazen et que la journée ait commencé d’une manière un peu grise, et que donc on ne soit pas très joyeux et qu’en plus, il y ait eu un tas de problèmes   pendant la journée … Généralement ce qui se passe après le zazen, c’est que toutes les préoccupations qu’on avait avant sont bien relativisées et atténuées, et que finalement on peut retrouver une joie qu’on n’aurait pas eue si l’on n’avait pas fait zazen ».

Question 2 :  « Parfois en zazen on se rend compte d’une tristesse dont on ne s’était pas rendu compte dans la vie ».

Roland Rech : « C’est vrai, c’est-à-dire que zazen est comme un grand miroir qui reflète non seulement les pensées, mais aussi les émotions et le fond émotionnel, l’humeur en quelque sorte, et parfois on n’est pas conscient de notre humeur. Quand on demande aux gens : « Comment ça va ? », ils répondent : « Ça va, ça va ! » parce qu’ils ne se sont pas préoccupés d’essayer de savoir comment ils allaient vraiment.

Moi, je trouve qu’il est très important de prendre conscience de « comment ça va vraiment. Comment je vais, maintenant ». Quel est au fond le décor de ma vie à l’heure actuelle ? Est-ce que c’est un beau décor ? Ou l’ambiance, si vous voulez. Si on se rend compte qu’il y a un fond de tristesse dont on n’est pas conscient, c’est-à-dire qu’on est au fond dans un état quasi-dépressif, ou dans une légère dépression, il faut s’en préoccuper, c’est-à-dire se demander « Qu’est-ce qui se passe ? » Et peut-être se rendre compte qu’au fond, on est déprimé parce qu’on a perdu quelque chose à quoi on a été attaché, mais qu’on n’a pas pris soin de faire le deuil de ce qui a été perdu.

C’est très important de faire le deuil, parce que c’est justement ce qui permet de retrouver la joie de vivre après avoir souffert, après avoir reconnu la souffrance. C’est normal de souffrir. Comme je l’ai dit tout à l’heure, le zen ne consiste pas à devenir apathique, c’est-à-dire indifférent. Pas du tout. C’est un grand malheur même, d’être indifférent. Il y a des gens qui ont été lobotomisés. Le cas le plus célèbre est ce patient au 19ᵉ siècle qui a eu un accident et a eu un bout de ferraille qui lui a traversé la tête. Il n’en est pas mort, mais très curieusement il est devenu totalement indiffèrent, apathique. Il vivait normalement, mais il n’avait aucune émotion. Cette absence d’émotion était quelque chose de vraiment terrible. Les émotions, ça fait partie de la vie, c’est aussi ce qui nous permet de nous orienter dans la vie. Est-ce que ça répond à ta question ? »

Question 3 :  « Il y a une question que les gens nous ont posé sur Facebook : que faut-il abandonner chez soi pour voir sa véritable nature et trouver cette joie intérieure. Et comment faire naitre cette joie chez les autres ? »

Roland Rech : « Comment faire pour abandonner ? Il faut se mettre en zazen ! La pratique de zazen elle-même est source du lâcher prise. Mais dans la vie quotidienne aussi, on peut s’y exercer. D’ailleurs c’est un bon exercice, d’abord d’être conscient, d’essayer de revenir périodiquement à se demander dans quel état on est : quelle est notre humeur et nos émotions du moment. Et ensuite, se demander, pourquoi ? Pourquoi suis-je joyeux ? Pourquoi suis-je triste et se demander s’il y a un remède à ça. Et généralement, il y a forcément un remède, car une émotion provient toujours d’une pensée. Il n’y a pas d’émotion qui vienne « comme ça ». Ce n’est pas comme l’instinct de manger, ce n’est pas la même chose. L’instinct de manger, c’est l’estomac qui tiraille. L’émotion, ça vient du psychisme, ça vient de la pensée.

Donc, les émotions sont là aussi pour nous orienter dans la vie, nous faire prendre conscience que, quand on souffre - même si on n’en était pas vraiment conscient qu’au fond on était un peu déprimé - c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Et c’est important de réfléchir, d’analyser, d’essayer de comprendre : qu’est-ce qui ne va pas ?

Et aussi qu’est-ce que je pourrais changer ? À partir du moment où on est conscient de ce qui se passe, et surtout conscient de la cause de ce qu’il nous arrive, on peut quand même espérer et y remédier, simplement en changeant son état d’esprit.

Par exemple, on ne peut pas remédier à la chose la plus terrible, qui est évidemment le deuil. On a perdu un être cher, quelqu’un qu’on a beaucoup aimé, et on ne peut pas le ressusciter. Donc il y a quelque chose de relativement irrémédiable dans cette perte, et donc dans le deuil, et donc dans la souffrance. Mais à ce moment-là, il y a quand même des choses à faire. C’est par exemple se rappeler nos relations avec cette personne, se rappeler ce qu’elle nous a apporté, et donc le lui exprimer, parce qu’on peut parler aux morts, par écrit ou verbalement devant une photo chez soi. On peut tout à fait s’adresser à une personne défunte et lui exprimer son amour, ses vœux.

Ça m’émeut de parler de ça, mais c’est une émotion joyeuse, parce que je l’ai pratiqué pour mon père, pour ma mère, pour des gens qui ont été proches, et je sais à quel point c’est bénéfique.

Donc, même si la souffrance psychique la plus grande est le deuil, il y a un remède et ce n’est pas inévitable. La pratique de zazen nous aide à être mieux conscient de ce qu’on ressent, de ce qui se passe en nous, de la raison pour laquelle ça arrive et surtout, nous devenons plus créatifs au lieu de tourner en rond dans ces pensées négatives : le deuil et la haine de la mort, parce que cela n’aurait pas dû arriver.

On peut finalement tourner la situation d’une manière plus positive, et tout d’abord en s’accordant avec le droit d’être triste. Car il ne faut pas non plus s’en vouloir d’être triste : c’est une culpabilité stupide. On a tout à fait le droit d’être triste, c’est normal … Simplement il faut savoir que ça va passer, que le temps fera son œuvre et qu’en moyenne, les souffrances qui viennent du deuil s’étalent sur une année, voire plus.

Il ne faut pas non plus faire de ceci un critère. Il y a des psychothérapeutes qui disent : « Si on souffre d’un deuil plus qu’une année, c’est pathologique ». Non, ce n’est pas pathologique, il y a des gens qui ont besoin d’un an, deux ans, trois ans, dix ans pour faire leur deuil.

Et puis le fait d’accepter la souffrance au lieu de la refouler libère l’esprit pour accueillir la vie d’ici et maintenant et trouver des sources de joie, parce qu’on n’est jamais seulement dans une seule situation. On est dans une situation, mais on en rencontre d’autres, parce que chaque instant de la vie est nouveau, chaque circonstance est nouvelle. Même si on fait toujours le même travail, si on a les mêmes relations, on peut les vivre différemment, parce que tout change constamment. Et donc l’impermanence est d’une part une source de souffrance parce que c’est une source de perte, mais d’autre part, c’est aussi une source de joie et de confiance, parce qu’on sait que ça va passer. Quand une mère veut consoler son enfant parce qu’il a perdu son jouet, elle lui dit aussi « que ça va passer » ».

Question 4 :  « Y a-t-il des limites à la joie ? Quelles sont-elles ? Peut-on être trop joyeux ? »

Roland Rech : « Oui, si l’on explose de joie ! (sourire). Non, on ne peut jamais être « trop » joyeux, mais quand la pression de la joie est trop grande, il faut danser ou chanter, ça veut dire trouver des modes d’expression de cette joie pour que ça ne bouillonne pas à l’intérieur, et l’exprimer. D’ailleurs, exprimer la joie est communicatif. Combien de chanteurs ou de musiciens transmettent de la joie aux autres, simplement par leur façon d’exprimer la joie. Il y a des musiques, par exemple le chanteur suffi pakistanais Ali Khan : dès que je l’entends, immédiatement il me rend joyeux, certaines de ses chansons sont extraordinaires ».

Question 5 :  « En parlant de la mort, j’ai l’impression que la souffrance que nous avons vis-à-vis de la mort des autres, est pour moi sélective, parce que je sais qu’on peut souffrir de la mort. Par exemple, toute ma vie, j’ai entendu mon père dire : « J’aimerais mourir debout ». Et je lui disais : « Mais quand on meurt, on est couché ». Et il me disait : « Debout, ça veut dire : mourir en bonne santé ».

Et quand mon papa est mort vraiment en bonne santé, à l’âge de 80 ans, je n’ai pas souffert, parce que je me suis dit : « C’est merveilleux, parce qu’il est mort sans souffrir ». Par contre, j’ai eu une sœur qui avait peur de la mort et qui est morte jeune brutalement. Et là j’ai eu une forte souffrance … Et c’est comme ça que je suis venue au zen, parce que je ne voulais pas devoir aller voir un psy et j’ai donc demandé où je pouvais trouver de l’aide. On m’a dit : « Fais de la méditation », et donc j’ai cherché et trouvé le dojo de Nice.

J’ai dit à la personne qui fut mon premier enseignant : « Je suis venue pour me guérir de la mort, parce que je souffre ». Il m’a dit : « Tu vas faire zazen et tu t’assois ».

Moi, je pensais qu’on allait me prendre en mains et me consoler. Puis j’ai commencé zazen et je me suis aperçue qu’en faisant zazen, il m’a été imposé une autre souffrance, c’est-à-dire une souffrance physique : il fallait s’assoir comme ça, rester comme ça, ne pas parler et ne pas regarder, mais rester face au mur. Et en faisant ça, je me suis aperçue que j’ai été tellement concentrée sur cette démarche de zazen que j’ai oublié la mort.

Quand l’enseignant m’a dit qu’il fallait laisser passer, je lui ai dit : « Depuis que je fais zazen, toute ma vie ressort, c’est comme un film ». Alors il m’a dit : « Ne t’affole pas, il ne faut pas forcer. Tu laisses aller, tu laisses aller ».

Puis un autre jour, j’ai discuté avec un groupe de yoga et les gens m’ont dit : « Tu fais zazen comment ? » J’ai dit : « Quand je fais zazen, c’est en silence, c’est silencieux. On n’a pas quelqu’un qui chante ou qui nous dit : « Allongez-vous, etc. ». Et ils m’ont dit que c’était bizarre et que ça devait être difficile. Je leur ai répondu : « Non, parce que maintenant cela ne se passe plus, le film ne vient plus, et j’ai trouvé la joie à faire zazen. Au début, ça a été très difficile, mais maintenant faire zazen est entré dans ma vie et ça me permet de trouver le calme … Voilà ».

Roland Rech : « Parfois c’est difficile, parce que ça va à l’encontre de tellement de conditionnements que nous avons dans notre vie. On ne commence pas malheureusement à faire zazen dans la petite enfance, donc on accumule beaucoup de choses dans la vie, beaucoup de conditionnements et il faut s’en libérer. En fait, on a du mal à s’en libérer par notre propre volonté, mais si l’on se remet au zazen, c’est zazen lui-même qui nous guérit ».

Question 6 :  « Je m’inquiète sur la relation entre le Bouddhisme et la vie sociale, la vie politique. Le Bouddhisme a été répandu tout au début par l’empereur Ashoka, qui était un guerrier sanguinaire et je me demande s’il n’a pas instauré le Bouddhisme, une fois son empire établi, pour instaurer la paix sociale et que donc, c’était un peu un prétexte. J’observe aussi cette pratique qu’il faut se contenter des politiciens qu’on a, même s’ils sont misérables, et je me demande si ce n’est pas un moyen pour éviter que le peuple ne se révolte. Dans quelle mesure les politiques ont-ils pu modifier les lois du Dharma ? Et aussi, est-ce que les pouvoirs spirituel et politique ne devraient pas être plus séparés ? »

Roland Rech : « Maintenant c’est le cas : en général le pouvoir spirituel et le pouvoir politique sont séparés. En tous cas dans la République française, la séparation de l’Église et de l’État, ça fait longtemps que c’est établi.

Mais cette question est un peu compliquée. C’est vrai que traditionnellement les religions étaient utilisées par le pouvoir pour maintenir le peuple dans un état de résignation, d’acceptation. C’est la raison pour laquelle les révolutionnaires, ceux qui voulaient vraiment changer l’ordre de la société, ont combattu les religions comme étant « l’opium du peuple », comme disait Karl Marx.

Le Bouddhisme, ce n’est pas « de l’opium ». On voit des moines assez engagés dans certains pays. Je ne crois pas à l’heure actuelle que le Bouddhisme soit utilisé à des fins politiques, mais ça a pu l’être. Heureusement, au Japon par exemple, l’empereur Meiji au moment de cette grande révolution culturelle (à la fin du 19ᵉ siècle) n’a pas utilisé le Bouddhisme pour cela, mais bien le Shintoïsme, la religion des kami. Finalement, je crois que c’est une bonne chose. Par contre, on ne va pas s’engager ici sur une discussion sur la relation entre le Bouddhisme zen et la politique, parce que ça serait trop long.

Je ne crois pas qu’à l’heure actuelle le Bouddhisme soit une cause de résignation par rapport à ce qui se passe dans le domaine social. En Europe, et en France en particulier, il y a des écoles qu’on appelle « Bouddhisme engagé » et je trouve ça très bien. Ils sont très engagés dans des actions sociales et ils essaient de le mettre en application, en pratique, les grands principes de sagesse et surtout de compassion qui sont développés par la pratique du Bouddhisme.

La seule chose que l’on peut regretter, c’est que les bouddhistes engagés souvent négligent un peu trop la pratique de la méditation elle-même au profit de l’engagement social et ça, ce n’est pas juste. À mon avis, il faut toujours garder un équilibre entre la vie intérieure et ce qu’on exprime à l’extérieur. En plus de ça, on n’a pas besoin forcément d’être engagé dans des actions politiques ou syndicales : il y a d’autres manières de vivre dans le quotidien en relation avec nos collègues, et avec les autres en général. Tous les contacts qu’on a dans la vie sociale sont des occasions d’exprimer le Dharma.

En tous les cas, il est certain que le zazen ne doit pas se limiter à ce qui se passe dans l’espace du dojo. Cela doit pouvoir déboucher sur une transformation de notre manière de vivre au quotidien et rayonner autour de nous ».

Question 7 :  « Comment trouver la joie dans le quotidien dans un travail rébarbatif avec des taches pénibles, dans un quotidien stressant et parfois agressif ? »

Roland Rech : « C’est vrai que c’est difficile dans ces cas-là, on ne peut pas le nier. Mais il faut essayer déjà de remédier au stress, parce que soi-même on n’a pas le pouvoir de changer les circonstances autour de nous. Mais on peut essayer. Il ne faut pas hésiter d’essayer d’améliorer ce qui se passe autour de nous et ce qui est cause de souffrance et de stress, mais surtout ce qu’on peut faire, c’est travailler sur soi pour réagir intérieurement d’une manière différente, pour être moins affecté par les circonstances extérieures que l’on ne maitrise pas toujours, ou rarement malheureusement ».

Question 8 :  « Tu parles souvent de se poser la question : « Qu’est-ce qui se passe ? » au niveau des émotions ou autres choses qui se passent en nous. Je pense qu’une autre question qu’on doit se poser (mais je ne sais pas si on en parle beaucoup), c’est : « Qu’est-ce que je peux faire ? »

En fait, en zazen, quand on a réalisé quelque chose et qu’on a lâché prise en se disant : « Bon, c’est comme ça », cela décrispe, on est moins crispé sur ce qui nous énerve et donc on se détend. Mais à ce moment-là, si on se demande : « Qu’est-ce que je peux faire ? », c’est souvent vraiment une source d’inspiration positive vers les autres ».

Roland Rech : « Oui : méditation et action, c’est très important. Souvent, on a l’impression que la méditation nous rend passif. On médite, on réfléchit, on comprend beaucoup de choses, mais qu’est-ce qu’on fait de ce qu’on a compris ? Le zen en particulier est une voie de l’action dans la vie quotidienne. Toutes les actions de notre vie quotidienne peuvent devenir des formes de pratique de la Voie.

C’est la raison pour laquelle par exemple après zazen, on fait samu, ce qui est une action. Samu, ça veut dire quoi ? Ça veut dire travailler, s’engager physiquement pour rendre service à la communauté. Donc c’est une action.

Parfois on s’est demandé si on ne devrait pas, en tant que dojo zen, s’engager dans des actions sociales relativement visibles : offrir la gen mai aux gens qui n’ont pas à manger ou s’engager à nettoyer certains endroits particulièrement sales et faire un samu de nettoyage. Mais finalement, on est toujours revenu au fait que « C’est bien », mais qu’il vaut mieux le faire à titre individuel et pas en tant que « Nous sommes le dojo zen » et puis on hisse la bannière zen, pour dire : « Voilà, on fait du bien autour de nous » (sourire).

Question 9 :  « Ce matin, juste avant de commencer cet atelier, on a fait un kito suite à la catastrophe naturelle qui s’est passée dans l’arrière-pays niçois. On avait annoncé ce kito sur notre page Facebook. Dans son commentaire, un utilisateur demande : « Il faudra m’expliquer, comment un Bouddhisme « agnostique » gère cette contradiction philosophique évidente de faire un kito, qui est quand même une chose un peu surnaturelle. Ceci dit, je trouve ce geste particulièrement bienvenu et solidaire ».

Roland Rech : « J’étais comme lui avant, je voyais les kito un peu comme de la magie et je n’y croyais pas trop. Jusqu’au moment où, étant devenu enseignant, on m’a demandé de faire un kito pour des personnes qui avaient eu un accident de voiture en Argentine et qui étaient tombées dans le coma.

Et donc, bien que je n’y croie pas, par compassion pour les gens qui faisaient cette demande, les survivants de l’accident, j’ai fait le kito. Et le lendemain, les personnes qui avaient demandé ce kito m’ont dit que les blessés étaient sortis du coma quelques minutes après la fin du kito, compte tenu du décalage horaire. Cela m’a sidéré et je me suis dit : « Il y a là vraiment quelque chose qui se passe, et cela vaut la peine de le faire … » 

C’était en contradiction avec ms croyances précédentes. Je crois fondamentalement à la valeur de l’expérience … Je suis quelqu’un plutôt comme le Bouddha, c’est-à-dire rationnel, car Bouddha est très rationnel : il y a de la souffrance, des raisons à la souffrance et donc on peut trouver des remèdes. C’est rationnel comme démarche et c’est thérapeutique … Je n’étais pas du tout porté à croire des phénomènes qui paraissent irrationnels, mais je me dis finalement que ce n’est pas si irrationnel que cela.

Nous vivons dans un certain monde, à un certain niveau, mais il y a d’autres niveaux (que l’on appelle dans le Bouddhisme « le monde invisible ») et dans ce monde invisible, il se passe des choses de l’ordre de l’interdépendance qui ne sont pas perceptibles par nos sens habituels, mais qui fonctionnent. Je crois maintenant à cela et j’imagine même que dans quelques années (ou plus), on trouvera l’explication scientifique de l’existence de ces mondes « parallèles ».

D’ailleurs, il y a déjà des théories qui se développent actuellement, comme la « théorie des cordes », etc. qui montrent qu’il y a des mondes parallèles et que donc il se passe des choses sûrement à ce niveau-là. C’est un niveau qui est au-delà de nos perceptions habituelles. D’ailleurs, nos organes des sens sont extrêmement limités. Il y a des choses que nous ne percevons pas, mais qui existent et que certains instruments permettent de mesurer (au niveau vibratoire, ondulatoire, etc.) Mais nous, nous ne les sentons pas …

Donc, je crois qu’il ne faut pas être borné, se mettre des œillères et dire : « Ce que je ne sens pas n’existe pas ». Je ne comprends pas comment cela fonctionne, mais dès l’instant où cela se produit, il y a forcément une cause qui m’est inconnue. Et j’accepte le fait que cela s’est passé.

Et donc, si j’utilise le kito comme moyen d’aide, tout en ne comprenant pas vraiment ce qui s’y passe, c’est du domaine de la Foi. La Foi, c’est croire parce que je ne comprends pas. Si je comprends, ce n’est pas du domaine de la Foi ». 

Question 9 : « La pratique du zen est-elle compatible avec la foi chrétienne ? »

Roland Rech : « Oui, bien sûr. Cette question est archi-classique et j’y ai répondu des centaines de fois (sourire). C’est compatible pour beaucoup de raisons, dont la principale est que le Christianisme est la religion de l’amour universel (car l’amour du Christ est universel) et que nous-mêmes, nous souhaitons vivre dans cet état d’amour, de compassion.

Dans le Bouddhisme, on parle de « compassion » et dans le Christianisme « d’amour », mais au fond, c’est la même chose. La compassion, c’est l’amour altruiste. Il y a d’ailleurs beaucoup de religieux chrétiens qui pratiquent zazen : certains ont écrit des livres, ont témoigné de cela. Le premier est Jean-Baptiste de La Salle, un père jésuite. Il a écrit « Méditation zen et prière chrétienne ». Il était jésuite, mais aussi maître zen et il a créé un dojo dans le Sud de la France. Il pratiquait et enseignait le zazen, et il y a même un Père Benoit à Paris qui disait la Messe en posture de zazen. 

Donc il n’est plus à démontrer qu’il y a une compatibilité complète entre la pratique du zen et le Christianisme. Il a peut-être certaines formes du Bouddhisme qui sont plus difficilement compatibles, mais je ne connais pas les détails des diverses croyances. Mais le zen n’est pas basé sur des croyances et donc ne peut pas être en contradiction avec d’autres croyances, c’est ça le principe.

Le zen est vraiment une pratique et une expérience, qui est universelle, qui ne dépend pas de la culture, du savoir, des convictions, mais qui dépend juste de l’expérience que l’on peut faire quand on s’assied face à un mur, qu’on tourne son regard vers l’intérieur et qu’on découvre des choses qui se passent. On ne peut pas ne pas les accepter, puisqu’elles se passent … C’est l’expérience, voilà.

Bon weekend et bonne continuation pour votre pratique et soyez joyeux ! »    

 

Mots-clés: Roland Yuno Rech

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