La plénitude de son existence instant après instant

Commentaire de Kyōsei Reynaud du premier passage du Zazen yojinki | Narbonne, septembre 2017


Maître Keizan Jōkin (瑩山紹瑾) (1264 – 1325) fut le successeur à la troisième génération de Maître Dogen (Dogen Zenji > Koun Ejo > Tetsu Gikai > Keizan Jokin).
Né dans la province d'Echizen (actuelle préfecture de Fukui), il est le second fondateur de l’école Sôtô Zen.
Les écrits de Maître Keizan n’ont pas été réunis, ni édités ou publiés de son vivant, nous connaissons de lui les textes suivants :
Le Dentôroku : Le Recueil de la transmission de la lumière
Le Sankon zazen setsu : Les trois sortes de pratiquants de zazen
Le Zazen yôjinki : Recommandations pour la pratique de l'assise zen
Le Tôkoku gyôji jijo : Procédures rituelles pour le monastère Tôkoku qui deviendra le Keizan shingi : Les rêgles monastique de Keizan
Le Tôkokuki : Les chroniques du monastère Tôkoku


Dans la traduction de maître Yuno Rech, le Zazen yôjinki de Maître Keizan qui sont les recommandations pour la pratique de zazen commence par :

« Zazen permet d’éveiller son véritable esprit directement et de se tenir paisiblement à sa véritable place. C’est ce qu’on appelle révéler son vrai Soi et manifester les aspects de sa condition originelle ».

kusen por zzyojinkiNotre véritable esprit est paisible, car il ne repose sur rien, il n’est plus agité.

En zazen les pensées s’apaisent, toutes choses sont déposées, car c’est nous-même qui sommes déposés par zazen.

Lorsque l’avidité tombe, les peurs disparaissent, en zazen on n’est plus conditionnés par l’esprit avide qui veut toujours obtenir autre chose et qui a peur que les choses lui échappent. L’esprit avide a toujours peur parce qu’en fait toujours tout lui échappe.

Lorsque l’on est en zazen spontanément le véritable esprit se réalise, l’esprit qui n’est plus conditionné, qui ne recherche plus rien et ainsi on retrouve sa vraie place, la plénitude de son existence instant après instant. Nous sommes libérés de nos attachements. Il n’y a rien de mystérieux en zazen, il n’y a rien de caché et au fond rien de progressif, immédiatement tout est là.
Il y a juste à s’asseoir et lâcher-prise.

Zazen n’est pas une technique de méditation, en venant au dojo on ne vient pas y faire quelque chose qui s’appellerait zazen. Zazen est au-delà de zazen, au-delà de tous nos mots, de nos conceptions, de nos savoirs, nos connaissances ou de notre ignorance. Il y a juste à ouvrir les mains, rester tranquille et laisser l’esprit se déposer.

Le Bouddha n’a rien inventé, il a renouvelé, témoigné et transmit.

L’assise silencieuse est au-delà de tous les enseignements sur l’assise silencieuse.

Tous les enseignements ne servent à rien. Ils sont juste le doigt qui pointent la lune, ils ne sont pas la lune.

C’est donc à chacun de vivre cette expérience, personne d’autre ne peut le faire à notre place. C’est à chacun, dans son intimité avec ce qu’il est de s’offrir, s’abandonner à cette pratique et se libérer lui-même, pas par sa propre volonté ou sa propre détermination, ni sa force, pas par lui-même. C’est la pratique elle-même qui nous libère de nous-même. C’est pourquoi il n’y a véritablement rien à faire.

C’est comme de donner de l’eau à un être assoiffé, on ne peut pas boire pour lui.

C’est comme de recevoir de l’eau quand on est assoiffé, personne ne peut boire pour nous.

Alors s’il vous plaît, ne restez pas devant la source sans boire.

Abandonnez-vous à la réalité de votre existence, vivez libre de vous-même.

 

Mots-clés: Pascal-Olivier Kyōsei Reynaud

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